Avant que je ne vienne maltraiter la grammaire au Japon, mon approche de la langue étrangère que je vis maintenant de près a eu pour ainsi dire deux versants. Le premier, qui s’étale sur plus de temps et qui a eu une importance plus grande sur la façon dont le japonais a pris en moi, est entièrement livresque. C’est le versant dont j’ai eu l’occasion de vous parler hier (Anatomie I ). Le second fut plus court, et quoiqu’il soit entièrement derrière moi, semble m’avoir fatigué davantage et tire encore sur les jambes de mon esprit (pourquoi l’esprit n’aurait-il que des yeux? Plus encore que d’un regard, l’esprit à besoin de bons mollets). Ce passage fut dans tous les cas plus humain, puisqu’il a été marqué par la présence d’un homme, et par les absences du même homme, quand celui-ci s’avisait de n’être qu’un professeur comme tant d’autres. C’est sur ce second versant, court, escarpé, quelque peu dramatique, que je vous emmène maintenant. Le besoin de rétablir un équilibre, rompu par le simple fait de parler constamment du Japon sans lui offrir aucun véritable interlocuteur, impose cette petite excursion quelque part dans un ville d’Europe, où le japonais trouve des échos lointains ni plus ni moins qu’ailleurs. Enfin, comme je parais parfois la comparer (à son grand désavantage) avec un modèle idéalisant qui serait la chose la mieux partagée du monde occidental, je devais à l’université japonaise de présenter les défauts et les brillances de la réalité de l’enseignement du japonais dans une université francophone. Défauts et brillances.Tels que je les ai vécus, telles que je les ai vues, un bref instant. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement enseigné est purement fortuite, etc. comme on dit au cinéma, où les langues étrangères ne sont jamais un problème, où les enseignants sont proprement doublés par leurs doublures…
Rapport d’observation participante : Apprendre une langue asiatique à L***
Le présent rapport est le résultat de six mois d’observation directe dans une classe de japonais. Chaque mardi soir de 19h15 à 21h, d’octobre à décembre et de février jusqu’au début du présent mois de mai, j’ai suivi avec assiduité le cours dispensé par l’honorable M. H, ancien membre du personnel de l’ambassade du Japon à B***. Les enseignements que j’en tirerai, outre ceux, plus personnels et donc moins facilement partageables, qui sont inscrits dans ma mémoire d’apprenant comme les autres, se partageront pour plus de commodité dans les quatre rubriques suivantes :
1. Le cours.
2. Une méthodologie traditionnelle ?
3. La personnalité du Maître.
4. Une passion du Japon.
1. Le cours.
Une salle de classe située à un premier étage, qu’une fenêtre pivotante raccroche gauchement à l’atmosphère brouillonne de la rue. Le cadre est d’emblée un peu trop ample, trop de tables pour le cours qui va s’y donner. Nous y sommes dix le premier soir, huit le mardi d’après, et après la quatrième semaine nous aurons atteint le chiffre qui ne changera plus qu’exceptionnellement tout au long des six mois qui commencent : trois apprenants exactement, occupant chacun séparément une des sept tables rondes qui partagent l’espace, trop haut de plafond, dont la blancheur des murs est accusée par la lumière un peu trop forte des néons. On dit de la langue japonaise et plus généralement de la mentalité de ceux qui la pratiquent au quotidien qu’elles établissent un rapport de distance avec ce que nous connaissons le mieux en Occident ; peut-être, se dit l’apprenant juste avant que n’ait lieu le premier contact, est-ce là une manière de nous préparer à l’appréhension de cette mystérieuse différence.
Pourtant, la réserve initiale va subitement disparaître. Entre le professeur. M.H a la soixantaine, les cheveux blancs, un visage calme mais quelque peu soucieux, un air de vacancier en partance. Comme son nom le dit assez, cet homme, que j’apprendrai à connaître et qui s’est maintenant assis derrière la table que jouxte une sorte de chaire professorale derrière laquelle il ne se cachera pas une seule fois en six mois pour nous en imposer, n’est pas Japonais. Sa façon de faire sera-t-elle nippone, plus conforme, elle, avec les représentations à l’emporte-pièce sur le Japon? Ce que je sais c’est que, dès le premier cours, il va instaurer le rythme de travail et la méthode qui seront les nôtres d’un bout à l’autre de nos rapports. Voilà qui semble indéniablement nippon.
En effet, petite exception faite des deux heures dédiées en mars à la préparation de la soirée cinéma, une tradition qui exigeait cette légère entorse aux habitudes, le cours ne dérogera pas au schéma mis en œuvre depuis la leçon zéro, et qui peut se résumer comme suit :
(α)Les premières minutes sont pour la distribution de photocopies. Si les feuillets de la semaine précédente sont encore d’actualité, on passe sans attendre à l’étape (β). De fait, pour la bonne marche du cours chaque élève doit avoir en sa possession trois types de photocopies ou de fascicules photocopiés directement dans des manuels (V. à ce sujet le 2ème point, Une méthodologie traditionnelle ?) ;
(β) muni du premier type de feuille ou du fascicule ouvert à la page indiquée, nous procédons au premier type d’exercices : lecture de dialogues avec traduction consécutive en français et explication du vocabulaire (si nécessaire) ; exercices de grammaire (« compléter les blancs ») empruntés sans solution de continuité au même manuel (env. 20 min) ;
(γ) le changement de type de feuille ou de fascicule correspond à un autre exercice et à la deuxième phase proprement dite, la lecture d’un texte court (connu, dans la mesure où il a été distribué ou non la semaine d’avant et pourvu que l’étudiant ait eu la curiosité de le découvrir à l’avance, ce qui n’est jamais ni exigé ni déconseillé). Il est à noter que si, dans les premiers temps, la lecture était précédée d’une rapide présentation-traduction magistrale du vocabulaire, après cinq ou six semaines le professeur a toutefois cessé de donner ces explications préalables, pour « gagner du temps », les mots en question étant de toute façon, je cite, « assez simples et probablement connus de tous » (env. 30 min) ;
(δ) avec cette étape commence la dernière partie du cours, qui peut être qualifiée d’ « audiovisuelle » puisqu’elle consiste essentiellement dans le visionnage d’une séquence de la méthode anglo-japonaise «やんさんと日本の人々 (Yansan in Japan) ». Vues d’une traite, les cinq minutes de dialogues en images sont immédiatement analysées du point de vue du vocabulaire ; le texte (3ème et dernier fascicule qui se trouve à présent sous nos yeux), une fois les rôles distribués entre les étudiants et le professeur, est lu (à quatre voix) et commenté, expliqué si nécessaire et traduit sur le champ par les soins de H. Ce dernier procède, mais pas systématiquement à chaque leçon et indépendamment de la « difficulté » que celle-ci peut présenter pour l’auditeur, à un petit test de compréhension à l’aide de questions très simples qu’il formule oralement et auxquelles les apprenants sont tenus de répondre à tour de rôle. Notons que ce jeu de questions-réponses orientées de manière univoque (deux questions en moyenne par étudiant, encore s’agit-il de questions qui n’appellent souvent qu’une réponse des plus sommaires, e.g.
(先生) やんさんはどんなスポーツができますか。
(学生) —テニスです。
[(Le professeur) Quel sport Yansan pratique-t-il ?
(Un apprenant) — Le tennis.])
constitue en réalité le seul moment de l’apprentissage qui oblige l’apprenant à détacher franchement son regard de l’objet écrit. En toute autre circonstance il est justifié à se contenter de suivre et de comprendre.
2. Une méthodologie traditionnelle ?
En affectant une objectivité excessivement distante, un tel compte-rendu ne fait sans doute pas justice à la réalité pédagogique, ni surtout, j’y insisterai au point suivant, aux grandes qualités humaines ni aux aptitudes à transmettre du sens que possède sans aucun doute M. H. Néanmoins, il est indéniable que le cours de langue que je viens succinctement de décrire n’est pas, au vu de la méthode qu’il privilégie, essentiellement axé sur les objectifs communicatifs d’utilisation, d’application et de production de la langue. Il ne s’appuie qu’accidentellement, si je puis dire, sur la science de l’éducation telle qu’elle s’est développée, dans la mesure où la solution aux problèmes qu’il a pour tâche de résoudre —la conception d’un cours est, il me semble, une tâche-problème au même titre que l’apprentissage d’un fait de parole— est laissée non pas à l’empirisme mais à la tradition. Cette tradition n’est certes pas la plus austère, puisqu’elle ne manque pas, j’aurai l’occasion d’en dire davantage au 4ème point, de qualités marquantes, encore moins serait-il licite de la qualifier de purement « rétrograde » ; toujours est-il qu’elle entre sans contredit dans la catégorie de ce que Piaget (Psychologie et pédagogie, Ed. Denoël, 1969, p.92) nommait les « méthodes réceptives courantes » ou de « transmission par le maître » par opposition aux méthodes actives. Cela dit, je me refuse à imaginer un seul instant que celle qui m’occupe ait été adoptée de préférence à celles-ci parce que, comme le suggère Piaget, le moindre effort correspondrait à une « tendance particulière à l’adulte pédagogue ». C’est bien tout le contraire. Le moins que je puisse dire est que M. H se donnait beaucoup de mal pour un cours lui tenant visiblement fort à cœur. Et lorsque un soir à la sortie du cours —comme nous prenions pour rentrer le même train jusqu’à O***, chance m’était donnée de parler avec lui en tête à tête trois bons quarts d’heure du Japon et de sa profonde « expérience japonaise »— je sondai indirectement mon professeur de japonais sur la question méthodologique, c’est en toute conscience qu’il en vint à me parler de sa méthode comme de quelque chose d’on ne peut plus « moderne ». N’utilisait-elle pas la vidéo ? Ne mettait-elle pas en prise directe avec la prononciation japonaise à travers ce médium ? Lui-même n’était-il pas marié à une Japonaise, n’avait-il pas travaillé toute sa vie dans une ambiance typiquement japonaise ? Sa façon de faire était à des années-lumière de celle qui sévissait de son temps, ajouta-il en guise de conclusion.
Il est malheureusement à craindre que tous les arguments invoqués en faveur de sa méthode ne soient pas les plus décisifs, bien que, considérés isolément, chacun soit à créditer a priori d’un indice fort positif. S’il suffisait à une pédagogie qu’elle soit fondée sur l’image pour être favorable à la formation des schèmes constructifs d’une langue étrangère, il faudrait alors reconsidérer la nécessité de l’activité spontanée et de la collaboration effective des apprenants dans le processus de l’acquisition/apprentissage. Quant au déroulement des images d’un film, il n’est pas plus propice en soi au développement de la parole que ne l’est la seule écoute de dialogues à la formation d’une prononciation correcte. Que dire du reste, sinon que cela est certainement nécessaire d’être poussé à l’étude par un moteur supérieur tel que l’amour, encore n’est-ce pas suffisant. L’apprentissage d’une L2 s’ouvre comme autant de possibilités aussitôt refermées s’il ne s’accompagne pas sans cesse du devoir de les actualiser. Or, le cours de japonais que j’ai suivi pendant six mois ne m’a guère offert la possibilité d’acter les connaissances dont il était censé me favoriser l’objectivation. La plupart des éléments que j’ai acquis pendant cette période pourtant féconde à d’autres égards, soit ils furent enlevés à contre-courant d’une méthode chargée de les porter ailleurs (de la forme vers le sens sans incitation à aucune reconstruction personnelle), soit je les dois à une étude solitaire et forcenée. Bref, en fait de pédagogie de l’erreur, les seuls véritables « obstacles » devant lesquels il nous était demandé de nous arrêter durant ces deux heures hebdomadaires de japonais n’étaient pas de nature linguistique, puisque ceux-là, automatiquement aplanis par le maître, ne donnaient pas lieu à une confrontation profitable avec L1 ; ils étaient toujours forcément d’ordre sociopsychologique et culturel.
3. La personnalité du maître.
C’est justement par le biais du culturel et de la psychologie sociale que le cours s’éclaire fortement à mes yeux de la personnalité du Sensei. Que l’enseignement dispensé ait cet aspect relativement invariable ou « figé » tient en effet beaucoup selon moi au fait que son digne dispensateur possède depuis de longues années des idées très « arrêtées » concernant le peuple japonais, son savoir-faire, son savoir-être, son savoir-dire et sa mentalité. Sans doute il reste toujours possible d’éviter les contradictions en actualisant par un discours d’aujourd’hui les textes d’un manuel qui fut à la page il y a vingt ou trente ans —que fait-on d’autre d’ailleurs quand on ne dispose que d’un matériel obsolète ou que l’information manque, sinon suppléer le manque par un peu de créativité et beaucoup de bon sens ?— ; il est par contre beaucoup plus difficile et surtout plus délicat de vieillir par des propos anciens un texte rendant compte d’évolutions trop récentes pour qu’on puisse en disposer sans un grand renouvellement de la réflexion. Ne tombant pas dans ce dernier anachronisme, M. H a choisi de tirer les textes qu’il fait lire en classe de l’époque à laquelle se sont constitués pour lui les nombreux jugements qu’il porte aujourd’hui sur le Japon. Son enseignement du japonais a l’âge de son expérience du japon.
Si intellectuellement les jugements issus d’une telle posture sont en théorie valables, leur inactualité leur confère malheureusement une valeur plus anecdotique que référentielle pour l’apprenant qui souhaite avant tout appréhender par la langue le Japonais le plus près de lui dans le temps. En conséquence de ce décalage, que j’ai des raisons de croire plus affectif qu’intentionnel, ce qui devait être essentiellement un cours de langue japonaise est devenu de facto, par manque de recul dirait-on paradoxalement, un cours d’histoire des mœurs japonaises vues par un Occidental japonisant. L’apprenant y apprend accessoirement quelques petits faits de langue, mais s’il vient pour se forger une aptitude linguistique active, son intention est en grande partie frustrée, puisque le japonais n’est jamais ici ou peu s’en faut la langue d’enseignement de la langue japonaise. Que lors des lectures de textes descriptifs ou même de dialogues (Deuxième fascicule) le maître se réserve régulièrement la meilleure part, quand il n’est pas tout bonnement le seul à lire pour nous épargner (mais nous épargner pour quelle autre tâche ?), est symptomatique de cette réticence à employer pour de bon la langue que ce cours est censé nous apprendre à manier activement.
Quant à la question du métalangage, elle ne se posa seulement pas ; au second cours j’avais déjà renoncé à vouloir maladroitement formuler mes questions dans une langue autre que le français. S’il est indéniable que la dynamique d’un cours dépende tacitement de ces décisions initiales, il faut donc logiquement se demander par qui fut prise au départ la décision de privilégier l’explication anecdotique au détriment de l’acte de parole. Le maître y a sa part de responsabilité, je crois avoir montré en partie pourquoi et de quelle manière. Reste à savoir pourquoi, partie prenante d’un échange que j’étais en droit de vouloir prioritairement plus fructueux du point de vue de la L2, quand je faisais entendre ma voix, ce n’était pas en japonais. Peut-être d’ailleurs mes camarades de cours ne se sont-ils jamais posé la question de savoir dans quelle langue poser leurs questions ?
4. Une passion du Japon.
Nous étions donc trois à ne rien dire. Nous nous amusions vaguement de l’incroyable maladresse avec laquelle H maniait la télécommande du lecteur vidéo. Et le temps passait ; nous apprenions peu ; cela ne nous concernait guère que les Japonais disent ceci ou cela puisque cela ne nous parlait pas. Ne sommes-nous pas au moins autant coupable de cet enseignement routinier que celui vers qui les critiques ne manquent jamais de converger en pareil cas? Le fait est que si nous en avions exprimé de façon convaincante le désir véritable, notre professeur de japonais aurait repensé son savoir à notre bénéfice. Il n’est pas vrai qu’un professeur soit toujours tenu de comprendre les desiderata de ses élèves car il n’est pas vrai que les élèves ne doivent jamais les lui faire entendre. Il nous aurait adressé la parole en japonais, puisque cela ne lui coûtait pas plus que de s’exprimer en français ou en néerlandais ; nous aurions un peu peiné pour comprendre, mais intérieurement, nous aurions joui du sentiment immense du progrès sensible ; nous aurions été heureux de balbutier notre sentiment admiratif à l’égard d’un homme qui a tant donné à cette langue, à cette société et à cette culture qu’il en a fait, à force de trop d’égards, quelque chose d’un peu distant et de légèrement abstrait, à l’image, si l’on veut, de la poésie japonaise, qui n’aime pas aborder trop ouvertement ni trop concrètement les choses à dépeindre. Car voici le paradoxe : s’il n’a pas véritablement encouragé nos velléités expressives, l’enseignement de M. H aura magnifiquement réussi à nous transmettre une passion. Ordinairement, on prétend, c’est une sorte de coutume basse et facile, qu’un professeur qui ne sait pas (ou plus) y faire, quand bien même il disposerait de la meilleure volonté du monde, perd ses élèves, pour qui il serait au début du moins comme une planche de salut. Or le maître, au bout du compte, n’a pas perdu ce coup-ci ses disciples (deshi).
Car ce vieux professeur, sans y toucher, a su convoquer pour tous, avec une émotion contenue, tous les attraits, tous les points forts du mode de vie et des formes de pensée japonaises. Lorsque à plusieurs reprises il nous avoua le premier soir n’être pas « native speaker », il ne s’agissait pas pour lui d’excuser à l’avance son japonais de possibles imperfections ni de justifier a priori un style d’apprentissage qui s’avérerait hélas pour d’autres raisons trop proche de l’austère traduction commentée ; non, c’est à une leçon d’humilité et, par là même, à une première prise de contact avec l’éthos japonais qu’il nous conviait humblement. Insister comme il n’a eu de cesse de le faire sur l’importance qu’il y a à lire une langue aussi « écrite » que ne l’est le japonais, c’était encore, malgré le désagréable déséquilibre qui en résulta en faveur de l’écrit (c’est-à-dire au détriment de l’oral), c’était encore incarner dans sa manière d’aborder l’étude du japonais une approche typiquement japonaise. En ce sens, bien qu’il ne nous ait pas concrètement appris à demander avec un beau naturel 200g de tofou chez le crémier en passant du registre le plus familier au plus poli, il nous a donné à comprendre par l’exemple comment le Japonais vivait son engagement hésitant dans les méandres inquiétants d’une autre langue. Comment eût-on compris l’angoisse de l’apprenant asiatique si l’expression japonaise avait été dès le départ pour nous-mêmes un jeu d’enfant ?
Bref, il me faut conclure par un jugement beaucoup plus nuancé. Certes, je n’ai pas eu de japonais tout ce que j’en voulais avoir d’un honnête cours de japonais, mais j’ai acquis sur cette langue des lumières que je ne pensais pas pouvoir acquérir seulement à un cours de langue. Mais peut-être croira-t-on que, ayant profité de façon indirecte des leçons d’un professeur dont j’aurai beaucoup trop désapprouvé le travail dans ces quelques pages, je cherche pour finir, suivant l’adage japonais, à « cacher le bras cassé dans la manche». Il me semble que, si j’avais voulu épargner à M. H quelques critiques sans outrance par un rapport sans franchise, je n’aurais pas attendu d’en être à la conclusion, je ne me serais pas contenté d’un dernier correctif sans substance. Mon rapport aurait alors été comme tous les rapports, sérieux, solide, circonstancié, seulement on n’y aurait pas vu l’homme qui est au centre de cette réflexion. C’est à condition de vivre le programme qu’il enseigne que l’enseignant le fait vivre, disait Durkheim (L’évolution pédagogique en France, PUF, 1969, p.10). maître H, j’en suis conscient à présent, a fait vivre son enseignement d’une passion explicitement japonaise. Rideau. Lorsque mon professeur de japonais belge m’apprit le dernier soir, dans le train pour O***, que c’était « sa dernière année de japonais », j’ai pu vérifier qu’il était difficile de ne pas céder à l’émotion, quand un homme qui vous a marqué pour longtemps vous annonce en japonais son départ.